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Devez-vous laisser vos enfants publier des selfies en ligne ?

| 11 Mar 2026
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Lorsqu’il s’agit de la vie numérique de nos enfants, l’interdiction fonctionne rarement. Il est de notre responsabilité de les aider à construire une relation saine avec la technologie.

La vie que mènent aujourd’hui nos enfants est très differente de la nôtre il y a 20, 30, voire plus de 40 ans. La principale raison de cette différence tient à un mot : la technologie. L’arrivée des smartphones et des réseaux sociaux a profondément bousculé la manière dont nos enfants interagissent entre eux et avec le monde qui les entoure. Et qu'on le veuille ou non, il est impossible de revenir en arrière. La question pour les parents est donc la suivante : comment gérer les risques potentiels tout en permettant à nos enfants de vivre une vie numérique épanouie ?

Pour ce qui relève de la publication de selfies, certains risques spécifiques doivent être pris en considération. Et nous vous conseillons d’en discuter directement avec vos enfants.

Les avantages et les inconvénients des réseaux sociaux

Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, les réseaux sociaux ne sont pas intrinsèquement mauvais. À certains égards, ils peuvent même être bénéfiques pour les jeunes, en offrant un espace sûr d’expression personnelle et/ou une communauté de personnes partageant les mêmes centres d’intérêt, avec lesquelles il est facilement possible d’échanger et de nouer des liens d’amitié. Certains enfants peuvent même chercher de l’aide et du soutien auprès de comptes officiels via leurs réseaux sociaux, lorsqu’ils ont trop peur d’en parler à leurs parents.

Cependant, le contexte est essentiel. Une question importante consiste à savoir si vos enfants utilisent principalement les réseaux sociaux comme un canal de communication, pour commenter des photos et des vidéos ou repartager du contenu ou si, au contraire, ils publient fréquemment des vidéos et des selfies d’eux-mêmes. À moins que leur profil ne soit strictement privé et régulièrement vérifié, ce dernier usage peut soulever certains problèmes.

Comment les selfies peuvent-ils exposer à des risques ?

Dès qu’un selfie est publié sur un réseau social, votre enfant en perd une partie du contrôle. Même s’il le supprime, l’image peut avoir été repartagée par ses amis ou ses abonnés.

Cette idée de « permanence numérique » ne vient pas forcément à l’esprit d’un adolescent lorsqu’il publie en ligne. Pourtant, elle est plus importante que jamais, à une époque où des robots basés sur l’intelligence artificielle collectent des contenus sur les réseaux sociaux pour entraîner de grands modèles de langage (LLM). Cela amplifie le risque que des contenus privés se retrouvent dans le domaine public.

Plus préoccupant encore pour les parents, un selfie peut :

  • Attirer des prédateurs à la recherche de victimes à manipuler.
  • Attirer des prédateurs et des personnes malveillantes cherchant des images à introduire dans des outils d’IA capables de « dénuder » artificiellement des photos, afin de créer du contenu indécent. Celui-ci peut être diffusé en ligne et/ou utilisé pour faire chanter la victime.
  • Révéler des informations personnelles telles qu’une date de naissance ou le nom de l’école, qui pourraient être utilisées, combinées à d’autres informations, pour commettre une usurpation d’identité.
  • Être utilisé par des cyberharceleurs et des trolls pour cibler votre enfant en ligne.
  • Contenir des éléments embarrassants ou inappropriés susceptibles d’être vus, des années plus tard, par des employeurs ou des établissements d’enseignement supérieur.

Les selfies ont-ils un impact sur la santé mentale ?

Un nombre croissant d’études suggère également que l’usage des réseaux sociaux, y compris la publication de selfies, pourrait entraîner des effets psychologiques négatifs. Une étude menée en 2017 auprès d’élèves de la classe de quatrième à la terminale a permis d’identifier une augmentation de 33 % des symptômes dépressifs entre 2010 et 2015. Le taux de suicide chez les filles de cette tranche d’âge a augmenté de 65 % au cours de la même période.

Aucun lien de causalité direct n’a été établi. Toutefois, la corrélation est manifeste, puisque cette période correspond à une forte progression de l’usage des smartphones et des réseaux sociaux en Occident. Des experts ont également affirmé que les réseaux sociaux peuvent affecter l’estime de soi des jeunes, leur santé physique et la qualité de leur sommeil. L’utilisation de filtres basés sur l’IA en combinaison avec des selfies pourrait, en théorie, encourager une obsession malsaine pour l’apparence à un moment de la vie où nous sommes émotionnellement et psychologiquement vulnérables. C’est en partie pour cette raison que le Surgeon General des États-Unis a publié en 2023 un avis officiel sur les réseaux sociaux et la santé mentale des jeunes.

L’importance de l’accompagnement parental

En tant que parents, nous avons un rôle unique et essentiel à jouer pour fixer des limites, enseigner les bonnes pratiques et offrir un soutien émotionnel et psychologique à nos enfants. Cela vaut pour de nombreux aspects de la vie, mais particulièrement pour le monde numérique.

Commencez par ouvrir le dialogue. Fixez des règles claires concernant les types de selfies à proscrire, comme les images suggestives ou celles contenant des informations identifiantes telles que votre adresse. Mais équilibrez cela en apprenant à vos enfants à utiliser les paramètres de confidentialité : comment restreindre leur profil, désactiver la géolocalisation et exiger une approbation manuelle avant d’être identifié sur des photos. Apprenez-leur également pourquoi ils doivent être sélectifs quant aux personnes qu’ils autorisent à les suivre (c’est-à-dire uniquement des personnes qu’ils connaissent dans la vie réelle). Et pourquoi il peut être utile de faire un « grand nettoyage numérique » régulièrement afin de supprimer certains abonnés et contacts.

Il est important de créer un environnement respectueux et sans jugement afin d’encourager l’honnêteté, en particulier si votre enfant souhaite vous parler d’une situation inconfortable ou embarrassante, comme le cyberharcèlement ou l’extorsion à caractère sexuel. Mais si vous estimez que cette confiance a été rompue, les outils de contrôle parental peuvent constituer une option pour limiter le temps d’écran et l’accès à certains contenus et applications.

Construire une meilleure relation avec la technologie

En définitive, il ne s’agit pas d’interdire à votre enfant de publier des selfies. Il s’agit de lui donner les informations nécessaires pour prendre des décisions éclairées, fondées sur une évaluation des risques, concernant ce qu’il publie en ligne. Cela inclut de l’alerter sur les prédateurs, les harceleurs et les escrocs. Mais aussi sur les implications possibles pour la santé mentale d’un usage excessif des réseaux sociaux.

Vous pouvez bien sûr essayer de réduire le temps d’écran à la maison, interdire les téléphones à table et réserver une heure ou deux le week-end à des activités familiales. Mais vous devez également montrer l’exemple. Une étude menée en 2024 révèle que 75 % des parents partagent des photos, des vidéos et d’autres contenus concernant leurs enfants. Avant d’engager une discussion sur les avantages et les inconvénients des selfies en ligne, il peut être utile de commencer par modérer vos propres pratiques de « sharenting ».

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